Îles d’encre

lucierivet@yahoo.frBy lucierivet@yahoo.fr 7 mois ago2 Comments
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Îles d’encre : saison 2016 / 2017 de l’atelier d’écriture de Rambouillet

Croisières, explorations, robinsonnades, exils et utopies

Brenda Ueland est l’auteur du best-seller If you want to write : a book about art, independance and spirit, vendu à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires depuis les années trente dans le monde anglo-saxon où il est devenu une référence incontournable pour tous les aspirants écrivains. Elle y écrit, notamment (la traduction est de moi ; elle sera publiée prochainement) :

images (1)« Quand on lit les lettres du peintre Van Gogh, on comprend d’où venait son impulsion créatrice. C’était tout simple : il aimait quelque chose, disons le ciel ; il aimait les êtres humains. Il voulait montrer aux êtres humains à quel point le ciel était beau. Alors il le peignait pour eux. Un point c’est tout.

Quand Van Gogh était jeune homme, il était à Londres ; il étudiait pour devenir prêtre. Il n’avait pas du tout pensé à la possibilité de devenir artiste. Il était assis dans sa petite chambre de bonne et écrivait à son jeune frère en Hollande, qu’il aimait profondément. Il regarda par la fenêtre et y vit un crépuscule humide, un réverbère, une étoile ; il écrivit dans sa lettre : « C’est tellement beau ; il faut que je te montre. » Et alors, sur une feuille de papier, il fit le plus beau, le plus tendre des petits dessins.

La lecture de cette lettre de Van Gogh m’a confortée dans ma vision de l’art ; elle a même éclairé mon cheminement sur la route vers l’art. Avant, je pensais que pour produire une œuvre, une peinture, un livre, on devait tout connaître, apprendre tout ce que les artistes avaient produit sur ce thème depuis la nuit des temps, bien penser à tout, avec profondeur, sérieux et gravité, étudier les écoles et les influences, les courants, bien tout peser, penser un design et un équilibre intéressants, sortir de l’académisme tout en connaissant les règles, etc …

Mais au moment où j’ai lu cette lettre de Van Gogh, j’ai su ce qu’étaient l’art et l’impulsion créatrice. C’est un sentiment d’amour[1] et d’enthousiasme pour quelque chose et d’une façon directe, passionnée et sincère, on essaie de montrer la beauté de cette chose aux autres, en la dessinant.

La différence entre Van Gogh et vous, et moi, c’est qu‘on peut regarder le ciel et penser qu’il est beau, mais on ne va van-gogh-698329_960_720pas plus loin ; on ne va pas se donner la peine de montrer à quelqu’un d’autre à quel point il est beau. Peut-être que l’on n’attache pas assez d’importance au ciel, ou aux autres gens. Ou, peut-être plutôt qu’on a été découragé de penser que ce que l’on ressent en regardant le ciel est important.

Et le petit dessin de Van Gogh sur son petit bout de papier était une œuvre d’art parce qu’il aimait tant ce ciel et ce réverbère frêle qu’il avait fait son dessin avec la plus grande application et le plus grand soin. Il avait essayé de le rendre aussi semblable que possible à ce qu’il avait aimé en regardant par sa fenêtre. Vous et moi aurions peut-être griffonné quelque chose, sommairement. C’est bien, déjà. Mais Van Gogh, lui, a réalisé ce dessin avec sérieux et application, en vérité.

[1] Ou il peut s’agir d’un sentiment de haine et d’horreur. Mais il y a plus de chef-d’œuvre qui viennent de l’amour. »

C’est pour cette raison que je propose aux participants aux ateliers d’écrire à partir de ce qu’ils ressentent profondément, authentiquement … J’ai donc arrêté de commencer la séance par des lectures d’extraits d’oeuvres car j’ai remarqué que cela pouvait figer l’imaginaire ou les émotions, de les lire chez quelqu’un d’autre, sur quelque thème que ce soit.

Il m’arrive cependant de convoquer certains artistes pendant les séances, et plusieurs participants m’ont demandé s’ils pourraient avoir un document recensant ces mentions.

La première séance fut consacrée au thème de la croisière.

A mon grand étonnement, je n’ai pas rencontré beaucoup de textes littéraires sur le thème tout simple de la croisière de loisirs. Peut-être ne les ai-je simplement pas trouvés. Je me suis contentée de disposer des livres avec de belles images de paradis insulaires pour ouvrir l’imagination.

HMS_Beagle_by_Conrad_MartensSur le thème des grands explorateurs, j’ai choisi de montrer de nombreux beaux livres avec photographies (surtout des pôles), et de mentionner Jean de Léry avec son Histoire d’un voyage fait en terre du Brésil.

 

 

 

images (2)J’ai découvert en préparant l’atelier que le terme de « robinsonnades » n’étaient pas une simple expression mais correspondait à un genre littéraire. Pour préparer cette séance je me suis replongée dans le Robinson Crusoe de Daniel Defoe que j’ai trouvé, en langue anglaise, dans une bibliothèque néozélandaise.

Une fois rentrée en France, j’ai déniché dans la bibliothèque du château de la Pierre, deux livres qui ont retenu mon attention : Vendredi et les limbes du Pacifique, et l’Île d’Espérance écrit par l’auteur pacifiste allemand d’ A l’Ouest rien de nouveau et traduit par Michel Tournier, qui pourrait y avoir trouvé l’inspiration pour rebaptiser l’île de Robinson, initialement appelée « Désespoir », dans la version originale du XVIIIème siècle.

Intéressant de comparer ces deux ouvrages, qu’une mer et deux siècles et demi séparent.

Je me suis aussi amusée à lire quelques nouvelles de Sylvain Tesson sur le thème du naufrage, du recueil : Une vie à coucher dehors.

Difficile de préparer une séance d’atelier d’écriture sur guernsey-598092_960_720le thème des îles et de l’exil sans évoquer Victor Hugo. Le livre des Contemplations dont la majorité des poèmes a été écrite dans les îles anglo-normandes, et principalement dans sa maison Marine Terrace, s’appelait « En marche ».

Merci à la médiathèque du quartier Saint Cyprien à Toulouse, où j’ai retrouvé facilement toutes les références dont j’avais besoin, avant de dîner avec mon frère, qui partait à ses ateliers de Slam.

Pour ceux qui ne seraient pas familiers du slam : il s’agit de créer un texte et de le déclamer de façon poétique et très expressive. Le slam n’est pas fait pour rester : c’est un moment. Je ressens aussi cela, concernant nos ateliers d’écriture. Je me demande si l’abécédaire que nous créerons sera l’aboutissement de notre travail, ou s’il en sera simplement un souvenir … Sera-t-il possible de partager avec le lecteur ce nous ressentons pendant les séances? J’ai entendu les mots jubilation, plaisir, bonheur, connexion, bienveillance, compréhension, inspiration, belles couleurs …

800px-La_Reine_Antinéa,_L’AtlantideLa dernière séance (avant mise au point finale avec l’artiste qui illustrera notre abécédaire) a pour thème les utopies, toujours dans le cadre des îles.

L’utopie est un genre littéraire et philosophique permettant de mettre en scène un lieu qui n’existe pas, qui, littéralement, n’est nulle part. C’est Thomas More qui est souvent considéré comme le premier à avoir employé ce mot, à l’étymologie grecque u (préfixe privatif) + topie (de topos : lieu).
J’aurais pu lire des textes de Platon sur l’Atlantide, de Jules Verne sur son île mystérieuse, de Marivaux et son île aux esclaves, mais j’étais trop impatiente d’entendre les utopies qui s’imaginaient sous mes yeux, et cette séance a été ma préférée : je me réjouis de retrouver toutes ces créations dans notre abécédaire !

Category:
  Ecriture
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2 Comments

  • Brigitte Fauquet dit :

    Le thème m’a beaucoup intéressée, l’ambiance du groupe était sympathique.
    C’était une expérience , celle d’écouter d’autres écritures que la sienne, à renouveler.
    B.Fauquet

    • lucierivet@yahoo.fr lucierivet@yahoo.fr dit :

      Merci beaucoup Brigitte. J’ai été sincèrement ravie de vous rencontrer. Nous finissons avec Marie la préparation des poèmes (dont les deux vôtres : merci) et espérons pouvoir vous faire découvrir l’abécédaire imprimé à l’automne. A bientôt

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