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«La lettre tue, l’Esprit vivifie.»

 

Brenda Ueland a écrit dans les années trente un livre sur l’écriture, ou plus précisément sur les ateliers d’écriture, qui a été publié en 1937 sous le titre If you want to write.
Best-seller, il s’est vendu à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. Dès la première lecture de ce livre, j’ai été très profondément touchée. Il m’a inspirée pour organiser des activités à destination des étudiants internationaux de l’Institut catholique de Paris, puis pour proposer aux habitants de Rambouillet des ateliers d’écriture.image
La directrice du pôle culturel de Rambouillet La Lanterne, Jocelyne Bernard, m’a conseillé d’adapter cet ouvrage à destination d’un public francophone.
Elle a écrit pour lui une très belle préface.
Quelques extraits de ce livre qui ne porte pas seulement sur l’écriture mais sur la création, l’imagination, l’art, l’esprit …
Le pouvoir créatif, l’imagination, sont des forces tendres, et sensibles, dont nous sommes souvent dépossédés très tôt – alors que nous sommes encore enfants – par les critiques (celles que l’on justifie comme « critiques constructives » étant les pires) les taquineries, les railleries, les règles, les professeurs à l’esprit étriqué, les critiques professionnels, et toutes ces personnes qui n’aiment pas, qui oublient que « la lettre tue, et que l’Esprit vivifie. « 
Parce que quand on y pense bien, aimer, ce n’est pas consoler, dorloter, comme dans un certain christianisme mal compris ; aimer une personne ce n’est pas lui apporter de la soupe quand elle est malade. C’est l’écouter, voir le dieu, le poète en elle, y croire. Quand vous faites cela, vous gardez vivants ce dieu et ce poète en chacun, vous les faites s’épanouir.
Les seuls bons professeurs sont ces amis qui vous aiment, qui pensent que vous êtes intéressant, ou très important, ou merveilleusement drôle, dont l’attitude dit :« Oui, dis m’en plus. Dis moi tout ce que tu peux. Je veux mieux comprendre tout ce que tu ressens, ce que tu sais, tous les changements qui s’opèrent en toi et à l’extérieur de toi. Montre moi qui tu es. »Et si vous n’avez pas la chance d’avoir un tel ami, et que vous souhaitez écrire, alors il faut vous en imaginer un.

Critiquer, c’est assassiner le talent. Parce que ce sont les personnes les plus modestes, les plus sensibles, les plus talentueuses, celles qui ont le plus d’imagination, qui sont capables du plus d’empathie, qui sont les premières à être assassinées. Ce sont les brutaux, les égoïstes qui survivent.

 

 

Un grand musicien m’a dit un jour que l’on ne devrait jamais jouer une seule note de musique sans l’entendre, sans sentir qu’elle est vraie, sans savoir qu’elle est belle.

Vous allez à présent commencer à travailler votre écriture : avec toute votre intelligence, et tout votre cœur. Travaillez librement et dans la joie, comme si vous parliez à un ami qui vous aime.

 

En d’autres termes, n’écrivez pas comme un publicitaire. Dans notre pays des millions de dollars sont dépensés en publicité. Les sociétés emploient les jeunes les plus brillants, les plus intelligents pour travailler pour eux. Pas une de leur phrase ne vaut la peine d’être répétée. Pourquoi? Parce que rien n’est sincère. Ca a été écrit non pas parce que l' »écrivain » a ressenti quelque chose puis l’a écrit mais parce qu’il a essayé d’impressionner et d’attirer les gens, de les convaincre que quelque chose est très bon alors que lui même s’en fiche totalement.

Tous les prisonniers devaient écrire. Ce serait bon pour eux et bon pour nous. Une partie de la plus grande littérature a été écrite par des prisonniers, dont Sir Walter Raleigh, Bunyan et Dostojevski.
Les prisonniers souffrent, pensent et sont seuls; ils ont donc beaucoup à dire. Leur aspiration créative et leur pouvoir sont montrés par le fait qu’il y a beaucoup plus de demandes pour la belle littérature en prison qu’à l’extérieur. C’est une bibliothécaire qui m’a dit ça.)
L’art est contagion. L’artiste a un sentiment et il l’exprime et immédiatement ce sentiment contamine les autres et ils l’ont aussi. Et la contagion doit être immédiate ou ça n’est pas de l’art. Si vous devez examiner timidement une image ou un livre et essayer, essayer de l’aimer et lire de nombreux critiques érudits sur le sujet afin de pouvoir dire enfin : « oui, je pense que je commence à comprendre et à voir que c’est absolument splendide! De l’art! » Alors ça n’est pas de l’art.
Et pourquoi faire tout ça? Pourquoi utiliser notre pouvoir créateur et écrire et peindre et jouer de la musique, ou tout ce qu’il nous demande de faire? Parce que rien ne rend les gens plus généreux, plus joyeux, plus vivants, plus audacieux, plus bienveillants, et plus indifférents aux combats, à l’accumulation d’objets, ou de richesses.
Parce que la meilleure façon de connaître la Vérité, ou la Beauté, c’est d’essayer de l’exprimer. Et quel est le but de l’existence, ici et au-delà, si ce n’est de découvrir la vérité, et la beauté, l’exprimer, la partager avec d’autres?
 
J’aimerais par la suite traduire les lettres qu’a adressées le prix Nobel de la Paix 1922 Fridtjof Nansen à Brenda.
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  AdaptationEcriture
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6 Comments

  • Isabelle dit :

    Quand le livre sera publié, je souhaiterais avoir les références pour me le procurer, je suis sûre que la lecture en sera passionnante. Je profite de ce petit mot pour vous remercier, pour la qualité de vos ateliers, et vous faire savoir à quel point j’ai du plaisir à y participer. Vos connaissances , votre passion pour la littérature , et pour les gens aussi , font de ces ateliers des moments privilégiés et très heureux pour tous ceux qui ont la chance d’y participer.

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