Humanitaire, développement et identités

By Lucie Rivet 10 années agoNo Comments
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Les études postcoloniales, nées dans le dernier quart du XXème siècle, tentent de rendre compte de l’impact de la colonisation puis de la décolonisation sur l’identité des peuples et des humains.

 

J’ai découvert ces théories alors que j’étais en licence puis en maîtrise de philosophie contemporaine à Paris I et me suis posé la question de savoir comment articuler, à l’époque postcoloniale, constructions identitaires et aide humanitaire.

 

Voici le plan de mon travail, puis un court extrait.

 

I – l’humanitaire comme fragilisation des identités dans la postcolonie.
I A- culpabilité et victimisation. ​
I A 1- humanitaire et culpabilité : « le sanglot de l’homme blanc”.​
I A 2 – humanitaire et victimisation.
I A 3 – humanitaire : rencontre entre culpabilité et victimisation.

I B – l’aide humanitaire comme relation de l’Etre au Néant. ​
I B 1 – le maintien des relations hiérarchiques​
I B 2 – une distinction ontologique

I C – humanitaire et refoulement​
I C 1 – pratiques et présupposés communs aux gouvernementalités coloniales et humanitaires
I C 2 – gouvernementalité humanitaire et biopouvoir​
I C 3 – ingérence humanitaire et colonisation

II – affirmations identitaires et développement dans la postcolonie
II A- la déconstruction du discours occidental : un prémisse nécessaire.
II A 1 – postcolonie et déconstruction ​
II A 2 – l’universalisme abstrait comme particularisme narcissique.

II A 3 – le développement, une « croyance occidentale ». ​

II B – le ressentiment​
II B 1- la négritude comme attitude reactive
II B 2 – afro centrisme contre euro centrisme
II B 3 – l’essentialisation des cultures​

II C – la mauvaise foi ​
II C 1 – le mythe de l’ « Afrique » ​
II C 2 – le panafricanisme
II C 3 – le développement, une « mission nègre » ?

III – le développement, au-delà de la « mission nègre » et du « fardeau blanc »
III A – le devoir de mémoire au droit à l’Histoire.
III A 1 – des différentes mémoires
III A 2 – l’histoire comme convergence des mémoires
III A 3 – le devoir de connaissance​

III B – la lutte contre le recours à l’Histoire. ​
III B 1 – la vanité de l’Histoire
III B 2 – les pièges de la mémoire​
III B 3 – la nécessité de la lutte​

III C – la solidarité comme expression de la reconnaissance​

III C 1 – la reconnaissance comme condition d’existence : l’héritage hégélien de fanon
III C 2 – la solidarité comme conséquence de la reconnaissance de l’Homme comme valeur universelle.
C’est ce double mouvement du reconnaître et de l’être reconnu qui permettra d’imaginer une « éthique du prochain », concept qu’il faudra substituer à une politique humanitaire tributaire des catégories du passé.
Toutefois, pour permettre la mise en place de cette « éthique du prochain », il faudra réintroduire le concept d’universel, peut-être trop vite congédié par certains penseurs de la postcolonie qui « à force de trop insister sur la différence et l’altérité, (…) ont perdu de ​vue le poids du semblable sans lequel il est impossible d’imaginer une éthique du prochain – encore moins d’envisager la possibilité d’un monde commun, d’une commune humanité »

Mais c’est peut-être une fois encore Frantz Fanon qui fournit la plus belle et la plus
juste des réponses quand il écrit dans les dernières lignes de Peau noire, masques
blancs :

 

​ »C’est par un effort de reprise sur soi et de dépouillement, c’est par une tension permanente de leur liberté que les hommes peuvent créer les conditions d’existence idéale d’un monde humain.
​Supériorité? Infériorité?
​Pourquoi tout simplement ne pas essayer de toucher l’autre, de sentir l’autre, de me révéler l’autre?
​Ma liberté ne m’est-elle donc pas donnée pour édifier le monde du Toi? »

Ainsi, seule une reconnaissance mutuelle des acteurs de la postcolonie, qui permettrait de dépasser les enfermements liés à la gouvernementalité humanitaire, permettra de concilier constructions identitaires et développement pour pouvoir « édifier le monde du Toi »

Nora Tschirner mit Aktion Tagwerk in Ruanda

CONCLUSION

Affirmations identitaires et logique humanitaire étant difficilement conciliables dans un contexte post-colonial, il paraît alors pertinent de substituer à ces tendances les concepts de reconnaissance mutuelle et de solidarité. En effet, si on peut établir une relation d’ordre antagoniste ou en tout cas fortement différenciée entre logique humanitaire et affirmations identitaires, les concepts de reconnaissance et de solidarité s’articulent au contraire parfaitement. Ce n’est qu’une fois dépassée la dialectique du maître et de l’esclave – ce qui n’est envisageable ni par le biais d’une pratique humanitaire perpétrant les catégories du passé, ni par une ignorance affectée de l’autre et une crispation sur soi, mais seulement par une reconnaissance mutuelle des acteurs en jeu – que pourront se lier de réels liens d’humain à humain, avec comme seuls raisons d’être cette reconnaissance d’autrui comme à la fois mon semblable et un sujet différent de moi. C’est cette relation complexe à l’autre que cristallisent en fait les problématiques humanitaires s’inscrivant dans la post-colonie. Il s’agit en effet de trouver la bonne distance à autrui afin d’ échapper à la fois à des rationalités culturalistes, affirmant la segmentation de l’Humanité et posant ainsi l’autre comme radicalement différent de moi-même et à un discours normatif d’universalisme abstrait, réduisant l’autre à un reflet de moi-même. Tout être ou groupe humain a besoin de la reconnaissance de l’autre pour se construire, et permet réciproquement à l’autre de se construire en le reconnaissant. Solidarité, reconnaissance et humanité semblent donc être les réalités consubstantielles sur lesquelles fonder l’édification d’un monde commun.

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