Pragmatisme, normes, décisions

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A l’occasion d’un séminaire de philosophie des sciences organisé par Daniel Andler en Sorbonne, au sein du Lophisc, département de logique de de philosophie des sciences des Universités Paris I et Paris IV, j’ai étudié et présenté un texte issu d’une conférence de Noam Chomsky au muséum d’histoire naturelle de Sydney portant sur le langage comme objet naturel.

J’ai aussi rédigé un minimémoire sur la théorie du flow que j’ai étudiée sous l’angle de la philosophie des sciences et de la philosophie des religions.

En voici la première partie :

« L’étude de l’extase mystique en tant que phénomène réelle dont on peut dire quelque chose a été marginalisée par de nombreux scientifiques et penseurs. La psychiatrie et le marxisme l’évacuent en la pensant comme pathologie ou mystification. La sociologie et l’anthropologie en font une expérience non pas authentiquement immédiate mais culturellement construite, ayant souvent un objectif de prise de pouvoir voire d’asservissement au sein d’un groupe ou d’une société.

Qu’en dit la philosophie de la religion? Pour certains philosophes, on ne peut rien dire de l’extase mystique. Ainsi, selon Kant, il n’y a pas de vérification possible, pas de loi de la sensation qui puisse permettre de valider ces expériences. Pour Ferdinand Alquier, qui a pourtant fait de la recherche en philosophie des religions une grande part de sa carrière avant de parvenir à la philosophie naturaliste et à son intérêt pour le surréalisme, on ne peut rien dire de l’extase mystique. Pourtant, l’extase, dans la perspective oecuménique de la « philosophie pérenniale », qui considère les mystiques comme des individus transcendant les religions et constituant une grande famille, a été étudiée par de nombreux philosophes au cours des millénaires. Bergson constate des convergences et similitudes entre les différentes expériences mystiques, racontées souvent sous forme de poème, d’écrits lyriques. Il existe un vocabulaire philosophique de l’extase : l’union mystique, cette fusion avec une réalité identifiée à Dieu au sein de laquelle le sujet se dépouille de sa qualité-même de sujet est caractérisée par un « sentiment océanique » selon Michel Hulin 2; Georges Bataille parle de « transe extatique »3 ; Plotin d »intime Intelligence » 4; Platon parle plutôt du « délire » : délire des amants, délire des initiés, délire des poètes, délire des prophètes ; Bergson caractérise la disposition mystique par une ouverture, une réceptivité qu’il nomme flux, un flot descendant qui envahit l’être et qui va faire à son insu une sorte de vase communiquant. Ce qui a été reçu va devoir être communiqué à son tour. La disposition mystique existe aussi dans l’ordre éducatif : une réceptivité aussi entière que possible et une disposition à restituer ce que l’on a reçu à son tour.5 Il faut aussi signaler le cas particulier du philosophe et psychologue américain William James qui refuse de réduire l’expérience mystique à une pathologie, ce qu’il considère comme un réductionnisme, un psychologisme.6 Enfin n’oublions pas les philosophes mystiques et religieux comme Saint Augustin. Il est toujours difficile lorsqu’on lit Saint Augustin de savoir s’il parle en prêtre catholique, en mystique ou en philosophe, mais cette triple qualification rend son discours sur l’extase particulièrement intéressant et éclairant : On peut ainsi citer cet extrait de ses Confessions 7. « Admettons une créature en qui se taisent le tumulte de la chair, les visions de la terre, des eaux et de l’air, et aussi des cieux ; en qui l’âme elle-même fasse silence, et se dépasse en ne pensant plus à soi ; en qui fassent silence encore les rêves, les révélations imaginaires, toute langue, tout signe, tout ce qui ne fait que passer ; admettons, dis-je, que toutes ces choses se taisent en cette créature (car, à qui sait les entendre, elles disent : « Nous ne nous sommes pas faites nous-mêmes, l’auteur de notre existence, c’est Celui qui demeure éternellement ») et puis, que, ces paroles prononcées, elles gardent le silence, attentives à leur Créateur. Admettons qu’alors le Créateur parle seul, non par ses oeuvres, mais par lui-même ; que nous entendions sa parole, non par une langue de chair, ni par la voix d’un ange, ni par le fracas de la nuée, ni par l’énigme d’une similitude, mais que ce soit lui-même, lui que nous aimons dans ces choses, que nous entendions sans leur secours. De même qu’à présent notre pensée se déploie, et dans une intuition rapide a atteint l’éternelle Sagesse qui demeure au-dessus de tout, supposons que cette vision se prolonge, que toutes les autres visions inférieures se dérobent, que celle-ci soit seule à ravir son contemplateur, l’absorbe et le plonge en d’intimes délices, de sorte que la vie éternelle soit semblable à ce moment d’intelligence qui nous a fait soupirer, ne serait-ce pas alors l’accomplissement de cette parole : « Entre dans la joie de ton Seigneur »? Et quand cela? Ne sera-ce pas « lorsque nous ressusciterons tous, mais sans être changés »? Il semble ainsi que la philosophe des religions puisse dire quelque chose de l’extase mystique. Certaines des caractérisations utilisées ressemblent d’ailleurs au vocabulaire du flow, notamment chez Bergson, mais nous y reviendrons plus tard.  »

Voici la bibliographie de mon minimémoire : image

L’intitulé du séminaire au sein duquel j’ai effectué ces travaux est  précisément : Naturalisme, pragmatisme et normativité. 

Merci au professeur Andler et à tous les participants.

J’ai particulièrement été intéressée par le travail de Sylvie Milosavljevic qui nous a présenté le changement des croyances et des normes selon Bicchieri & Mercier. J’ai grâce à son intervention compris les fondements philosophiques de l’action de l’organisation italienne qui intervient en Somalie et dont j’avais rencontré les représentantes au Kenya. Cette association lutte contre les mutilations et violences faites aux femmes en changeant les normes et croyances liées à la virilité, selon un schéma complexe mais très efficace, selon ce que j’ai pu observer.

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