Très chère Sissi

lucierivet@yahoo.frBy lucierivet@yahoo.fr 1 année agoNo Comments
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Pour la première fois depuis le début de mon merveilleux séjour à Vienne, ville dont je suis tombée éperdument amoureuse il y a quelques semaines, et où j’ai été invitée à passer tout le mois d’août (éternelle gratitude à ma cousine Sophie Dartigalongue), je me sens triste.

Hier, je suis entrée par erreur dans la Crypte des Capucins, là où sont inhumés les Habsburgs.

Très impressionnée, j´ai été submergée par l’émotion devant la tombe de ma chère Sissi, et plus encore quand j’ai été rejointe par un cortège de plusieurs centaines de participants, qui venaient se recueillir là à l’occasion du centenaire de la mort de son mari, l’empereur Franz Josef (un magnifique glacier de l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande a d’ailleurs été nommé d’après lui, en son honneur, par l’explorateur Julius von Haast. En maori, il s’appelait Kā Roimata o Hine Hukatere (‘les larmes de Hine Hukatere’), : la princesse maorie Hine Hukatere adorait marcher dans la montagne et avait réussi à convaincre un homme dont elle était tombée amoureuse, Wawe, qui, lui, préférait la plage, de l’accompagner. Il était moins expérimenté qu’elle et un jour, fut précipité dans le vide par une avalanche. Le cœur brisé de Hine et ses intarissables larmes inondèrent la montagne, gelèrent, et formèrent un glacier.)

 

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Aujourd’hui, le glacier s’appelle Franz Josef  / Kā Roimata o Hine Hukatere : les Néo-zélandais, ou l’art de la conciliation …

 

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Avant de me retrouver devant le tombeau de celui que je connaissais donc surtout pour avoir été à l’origine d’un des noms de ce superbe glacier, je venais de passer des heures à Schönbrunn, et dans des cinémas et musées, où les extraordinaires reconstitutions historiques m’avaient fait oublier que tout cela appartenait au passé … Et ces lippizans, ces merveilleux lippizans, partout, dont la simple vue me ravit … , et puis la perspective d’aller bientôt danser la valse …

Bref, j’étais euphorique …

 

J’en avais complétement oublié que Sissi s’était fait assassiner et me retrouver ainsi devant son tombeau, comme cela, alors que je ne m’y étais pas du tout préparée (je croyais qu’à droite de cette église de la vieille ville, dans la crypte, était conservé le « trésor » des Habsburgs. J’ai du confondre deux mots allemands) m’a beaucoup choquée, et j’ai été si triste, que j’ai ressenti le besoin de me renseigner un peu sur son assassinat.

J’avais le vague souvenir d’un anarchiste intellectuel, qui détestait l’aristocratie, d’un acte politique, comme une révolution, contre le train de vie de l’impératrice par exemple …

J’avoue que, même quand on n’est vraiment pas du tout à plaindre, comme c’est mon cas ici, où je suis imagecomme un coq en pâte (voir photo-témoin), il est possible d´être jalouse de la magnificence de la vie (matérielle) de Sissi. Toutefois, depuis que j’ai lu les Passions de l’âme de Descartes, et sa merveilleuse Correspondance avec la Princesse Elisabeth, je sais, à la manière d’un alchimiste, transformer mon envie en admiration et la jalousie en inspiration … Donc, j’ai bien noté tout ce que j’aimais le plus chez Sissi, et je vais essayer, à ma mesure et dans la limite de mes moyens, de m’en inspirer pour augmenter l’amour que j’ai de ma vie à moi : allez, encore plus d’exercice, encore plus d’équitation, plus de poésie, plus de voyages, plus de soin à mes cheveux, plus de temps consacré à mon amour de la mode et de la beauté … pour le reste (anorexie, détresse affective absolue, alimentation terriblement malsaine, jalousies horribles, malaise pour son statut, sentiment d’étouffement dans sa vie conjugale, sadisme envers ses nombreux admirateurs dont elle entretenait sans cesse la flamme sans jamais rien leur accorder, les faisant ainsi atrocement souffrir … j’en suis sincèrement désolée pour elle et essaierai en cela de ne pas lui ressembler! )

En fait, cet homme n’avait rien de spécial à dire, ni à revendiquer ; je crois qu’il s’était plus ou moins fait manipuler par un mouvement international d’anarchistes qui souhaitait déséquilibrer les grandes puissances mondiales, mais lui-même, c’était surtout un déséquilibré mental, comme c’est souvent le cas des « bouts de chaîne », petites mains subalternes exploitées par ce genre d’organisations, exaltant leur « courage » (qui est plutôt un manque de personnalité et une lâcheté notoires) et leur faisant miroiter postérité et récompenses variées : « c’était juste pour être dans le journal », aurait-il lui-même admis …

C’était il y a plus de 100 ans. Je ne citerai pas l’auteur de cet acte minable, ne nécessitant aucun courage, aucune intelligence, aucune stratégie, puisque Sissi refusait les gardes du corps, au nom de sa liberté de mouvement.

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Les hommes qui commettent ce genre de crime ne devraient avoir que notre compassion, car, quoi de plus triste que de vouloir être célèbre à tout prix? Même au prix d’une vie humaine! Que ce soit celle d’une des plus belles impératrices et poétesses de tous les temps, ou celle d’un de nos frères, soeurs, cousins …

J’ai beaucoup pensé à cet homme depuis hier et je me suis dit que, peut-être s’il avait été aimé, choyé, accepté, quand il était petit, il n’aurait pas développé cette frustration, ce manque, cette tristesse, ce besoin de reconnaissance et de célébrité, en échange d’un acte qu’il pensait être un « coup d’éclat », quelque chose de « stylé », qui nécessite du « cran », alors qu’en fait, c’est juste minable et à la portée de n’importe quel loser désœuvré, faible, et sûrement incapable de gagner la considération et l’intérêt des autres, en étant drôle par exemple, ou gentil, ou généreux, ou charmant, ou créatif, ou au moins, beau, classe … Je ne sais pas moi : tout le monde a quelque chose! Ca se travaille après ; c’est tout.

Alors je me suis dit que, pour Sissi, pour la mémoire de cette femme de lettres et cette cavalière hors pair, pour cette grande rebelle et voyageuse que j’aime tant, malgré tous ses « défauts », pour sa mémoire, j’allais essayer, même si naturellement je n’y suis pas forcément encline, étant moi-même un peu sauvage et rêvant parfois d’autarcie, de « donner » plus, et plus gracieusement, parce que c’est prouvé, il y a une forte corrélation entre gentillesse, sentiment d’ouverture aux autres, et bonheur. Je veux me dire que, par mes actions, je peux désarmer des L*** en puissance, et contribuer ainsi à l’harmonie de la société dans laquelle je vis, dans mon pays …

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(Là c’est donc moi dans le château de Schönbrunn, me prenant pour le fantôme de Sissi, à la fois outrée par la conduite de tous ces gens, chez moi, tellement sans éducation que même moi qui déteste l’étiquette, leur attitude me dégoute, à la fois épatée et flattée de leur nombre : est-ce donc si exceptionnel, chez moi? Et quel rôle ai-je donc à jouer dans cette histoire, en princesse qui se respecte? Un peu comme Lady Mary, Judith et Edith, qui ont fait de leur château un hôpital, pendant la guerre …)

Sacré programme! Il va falloir se faire aider… En attendant, je vais me plonger dans le journal poétique d’Elisabeth, et jouer la Lettre à Elise, qui a été composée par Ludwig (chez qui je suis allée hier) à littéralement deux rues de l’appartement où je réside actuellement … avant d’aller danser, et me laisser étourdir par cet insoutenable et vertigineuse légèreté et fragilité de l’être. image

 

 

 

 

 

 

 

« Mon âme sanglote, elle exulte et elle pleure.

Elle était cette nuit unie à la tienne ;

elle te tenait enlacé si intimement, si fort,

tu l’as pressée contre la tienne avec ardeur.

Tu l’as fécondée. Tu l’as comblée de bonheur,

elle frissonne et tremble encore, bien qu’apaisée.

Ô si, après des lunes, pouvaient fleurir d’elle

des chants aussi délicieux que les tiens!

Je les protégerais, eux qui sont venus de toi,

Ces enfants imprégnés de toi, de ton âme. »

« A mon maitre », Chants d’hiver, Vienne, janvier 1887

 

« Ich eil’ins Reich der Träume,

Mein Meister, da bist Du,

mes jubelt meine Seele

begeistert schon Dir zu.

 

Dein Geist hat mich geleitet,

Beherrsch den ganzen Tag ;

Ich fühlt, wie er gebreitet

Auf meiner Seele lag.

 

er drang mit goldnen Worten

bis in mein tiefstes Sein,

Und in mein Hirn da bohrten

Sich seine Lehren ein.

 

Auf schneebedeckten Pfaden

ging ich wohl stundenlang ;

Und welche Reize hatten

Für  mich doch Steig und Hang

 

eu warst ja mein Begleiter,

Hast mir so viel gesagt ;

Ernst klang es oft, oft heiter,

Hab’ stets es heimgebracht.

Doch lange jeden Abend

steh ich vor Deinem Bild

es in mein Herz begrabend,

Dass es die Qual dort stillt.

 

und nun ins Reich der Träume!

Nur da ist endlich Ruh’

Für meine arme Seele,

Denn, Meister, da bist Du! »

« an meinem Meister »

 

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  DansePoésie
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